Découverts, surendettement… Les moins de 30 ans ont-ils un problème avec l'argent ?

24 mars 2026


Les fins de mois difficiles, les découverts qui s'accumulent, les crédits rapides contractés pour tenir jusqu'au prochain virement : de plus en plus de jeunes adultes peinent à équilibrer leurs finances. Ce n'est pas une impression. Les derniers chiffres de la Banque de France en attestent clairement : le surendettement progresse à une vitesse préoccupante chez les moins de 30 ans. Faut-il y voir un problème propre à toute une génération, ou le symptôme de difficultés économiques plus larges ? Voici ce que les données révèlent vraiment.

 


Une hausse spectaculaire des dossiers de surendettement chez les jeunes


En 2025, 148 013 dossiers ont été déposés auprès des commissions départementales de surendettement, soit une hausse de 9,8 % sur un an — un niveau inédit depuis 2018. Derrière ce chiffre global se cache une tendance particulièrement frappante : la jeunesse est désormais en première ligne.

Le nombre de dossiers déposés par les moins de 30 ans est passé de 12 500 en 2024 à 17 000 en 2025, soit une augmentation de 36 % en un an. Ces jeunes représentent désormais 12 % des ménages surendettés, contre seulement 5 % en 2022. Une progression qui, en l'espace de trois ans seulement, a plus que doublé leur poids dans les statistiques.

Si l'on resserre la focale sur les 18-25 ans, les chiffres sont encore plus alarmants : 65 % de dossiers supplémentaires entre 2024 et 2025, pour environ 5 000 dossiers sur la période. Dans cette tranche d'âge, les femmes et les chômeurs sont davantage représentés que pour l'ensemble des surendettés.

Le phénomène du découvert bancaire vient confirmer cette fragilité au quotidien. Selon le baromètre 2025 de LesFurets/CSA Research, 31 % des 18-24 ans et 42 % des 25-34 ans se déclarent à découvert tous les mois ou presque, contre 24 % en moyenne pour l'ensemble des Français. Et chez les plus jeunes, le compte bancaire bascule dans le rouge dès le 14e jour du mois en moyenne.



Pourquoi les jeunes sont-ils si exposés ?


Plusieurs facteurs se combinent pour fragiliser la situation financière des moins de 30 ans, et il serait trop simple de n'en retenir qu'un seul.


Le point de départ, c'est souvent la question des revenus : modestes en début de vie active, insuffisants face au coût du logement dans les grandes villes, parfois inexistants ou irréguliers pour ceux qui peinent à décrocher un premier emploi stable. Le taux de chômage des 15-29 ans atteignait 16 % au quatrième trimestre 2025, ce qui fragilise mécaniquement les budgets les plus serrés.

Mais le facteur le plus souvent mis en lumière par la Banque de France concerne les nouvelles formes de crédit : mini-crédits et paiements fractionnés. Ces offres, jugées "moins encadrées par la loi" par l'institution, donnent l'impression de pouvoir étaler un achat sans douleur, alors qu'elles empilent des mensualités qui finissent par étouffer le budget.

 

La Banque de France relève qu'en 2025, un tiers des dossiers contenant des paiements fractionnés ou des mini-crédits concernaient des personnes de moins de 35 ans.


Ces ménages les plus fragiles n'ont pas bénéficié de l'augmentation générale du pouvoir d'achat. Au contraire, ils ont ressenti plus durement la baisse de leurs ressources et l'augmentation de leurs charges.


Le découvert bancaire, utilisé comme solution de dépannage, devient alors une habitude coûteuse — et les frais qu'il génère aggravent encore une situation déjà tendue.


Un problème avec l'argent… ou un manque d'outils pour le gérer ?


Il serait réducteur de parler d'un « problème avec l'argent » propre à toute une génération. Beaucoup de jeunes font preuve d'une réelle conscience financière : certains épargnent précocement, s'intéressent aux investissements ou adoptent des modes de consommation plus responsables.


Cela dit, le manque d'éducation budgétaire dès le plus jeune âge joue un rôle non négligeable. L'école aborde encore peu ces sujets de manière concrète, et les premiers contacts avec la banque se font souvent sans accompagnement suffisant. Résultat : face à une offre de crédit instantané omniprésente, certains sous-estiment facilement les effets cumulés des petites dettes.


Deux tiers des personnes ayant saisi les commissions de surendettement en 2025 le faisaient pour la toute première fois, signe que le surendettement gagne de nouveaux profils.

Ce n'est pas un portrait de mauvais gestionnaires chroniques — c'est souvent le tableau de personnes qui n'ont pas vu venir le basculement.

 


Comment sortir de la spirale — ou l'éviter


Face à ces constats, plusieurs pistes concrètes permettent de reprendre le contrôle.

La première étape consiste à dresser un bilan précis de ses revenus et dépenses pour identifier les postes qui déséquilibrent le budget. Des applications de suivi ou des simulateurs en ligne peuvent aider à visualiser la situation de manière claire, sans avoir besoin d'être expert en finance.


En cas de difficultés avérées, il est recommandé de contacter rapidement sa banque pour négocier un échelonnement ou une autorisation de découvert adaptée. Si la situation s'aggrave, la procédure de surendettement auprès de la Banque de France reste une solution protectrice : elle permet d'obtenir un plan de redressement ou, dans certains cas, un effacement partiel des dettes. La Banque de France affiche un délai de quatre mois pour trouver une solution, et dans près de la moitié des cas, la dette est rééchelonnée ou aménagée dans la durée.


Sur le long terme, renforcer son éducation financière s'avère essentiel. Le programme EDUCFI de la Banque de France ou la plateforme Mes Questions d'Argent proposent des bases accessibles sur la gestion d'un budget, l'épargne ou la prévention des arnaques. Apprendre à distinguer besoin et envie, à anticiper les imprévus grâce à une petite épargne de précaution, ou encore à lire attentivement les conditions d'un crédit avant de s'engager : ce sont des réflexes simples qui protègent durablement.


À noter également : à partir de novembre 2026, même les petits découverts de moins de 200 euros et de moins d'un mois seront soumis aux règles du crédit à la consommation, ce qui impliquera de nouvelles obligations d'information pour les banques — et une meilleure protection pour les emprunteurs les plus fragiles.



En résumé


Les moins de 30 ans ne sont pas intrinsèquement « mauvais » avec l'argent. Mais ils évoluent dans un environnement où les tentations de crédit facile côtoient des contraintes économiques bien réelles. La hausse du surendettement observée en 2025 traduit surtout une fragilité accrue chez les plus jeunes, liée à des produits financiers peu encadrés et à un manque d'outils pour les appréhender sereinement.



Avec une meilleure information, un accompagnement adapté et quelques réflexes budgétaires solides, il est tout à fait possible d'éviter ou de sortir de ces difficultés. L'essentiel, c'est d'agir tôt — et sans honte, car les solutions existent.

FAQ


Les moins de 30 ans sont-ils plus touchés par le surendettement que les autres générations ?

Oui, et la progression est rapide. Ils représentaient 12 % des ménages surendettés en 2025, contre seulement 5 % en 2022, avec une hausse de 36 % des dossiers déposés entre 2024 et 2025.


Quels produits financiers posent le plus problème aux jeunes ?

Les mini-crédits et les paiements fractionnés — souvent présentés comme des coups de pouce anodins — s'imposent dans le quotidien et peuvent rapidement étouffer un budget. Leur accessibilité en quelques clics, sans véritable contrôle de solvabilité, en fait un risque sous-estimé.


Le découvert bancaire est-il fréquent chez les moins de 30 ans ?

Très. 31 % des 18-24 ans et 42 % des 25-34 ans se retrouvent à découvert tous les mois ou presque, contre 24 % en moyenne pour l'ensemble des Français.


Que faire si l'on se sent en difficulté financière ?

Contactez d'abord votre banque pour envisager des solutions amiables. Si nécessaire, déposez un dossier de surendettement auprès de la Banque de France — via son site ou par courrier, ou en composant le 3414. Des associations spécialisées peuvent aussi vous accompagner gratuitement.


L'éducation financière peut-elle vraiment aider ?

Absolument. Mieux comprendre le fonctionnement d'un budget, le coût réel d'un crédit ou les mécanismes d'épargne permet d'éviter de nombreux pièges. Des ressources gratuites sont disponibles sur le site Mes Questions d'Argent de la Banque de France.

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